LE JARDIN DE MEMOIRE : Nathalie Batisse, jardinière ethnobotaniste

Les poirières de la vallée de l'Ance

La communauté de communes de la vallée de l'Ance fait un pas vers la gestion durable de sa flore cultivée traditionnelle, elle souhaite notamment mettre en valeur et pérenniser ses poirières. Ces poiriers au feuillage insolent de santé qui animent les murs de pierre donnent une beauté singulière aux maisons de la vallée de l'Ance.
Poiriers palissés aux façades des maisons, les poirières sont un magnifique élément paysager, mais elles sont aussi porteuses de l'histoire locale, de pratiques culturales éprouvées à ces altitudes, de recettes de confitures et de souvenirs de famille, d' histoires d'hommes....


C'est dans le cadre très expérimental de l'Atelier des paysages que la Communauté de communes de la vallée de l'Ance, présidée par Michel Bravard,  me missionna pour valoriser les poirières et la flore ornementale traditionnelle. C'est Nicolas Taillandier, agent de développement, qui accompagna cette action pour sa collectivité. Alexis Pernet, paysagiste d.p.l.g., doctorant en géographie, coordonnait l'Atelier des Paysages pour le Parc Naturel du Livradois Forez.
 


Le bois mort ne semble pas gêner le vieil arbre


Le bâtiment est en ruine, mais la poirière est taillée


Même des maisons de bourg ont leur poirière


Celle ci est plus que centenaire


Et celle là ne doit pas en être loin....







Le palissage : un art dans lequel les habitants sont passés maîtres.  Mais il est des maisons où on ne les palisse même pas, on se contente de les laisser pousser comme ils veulent contre les murs...

On pourrait croire qu'elles sont là pour faire joli, ces poirières, elles ont pourtant des rendements à faire pâlir d'envie bien des arboriculteurs. Les propriétaires de poirières ne les fertilisent pas, ils ne les traitent pas, et ce sont des dizaines de kilos de fruits que donnent chaque année des arbres parfois centenaires.  Certaines poirières dont on ne connait plus la variété donnent des poires d'une livre : on en fait des bocaux, des confitures, on en donne aux voisins et amis. Les variétés sont innombrables. Les poirières qui sont le résultat du travail de parfois plusieurs générations d'hommes meurent de leur belle mort, les plus jeunes et les nouveaux habitants ne savent plus forcément les tailler.
Mais on s'aperçoit quand même que l'on est sur le point de perdre quelque chose d'important dans le paysage et dans la société, il existe à la fois une volonté de transmettre et un désir d'apprendre. De quoi donner aux poirières de quoi survivre à l'évolution de la population.



On s'aperçoit de ce que l'on peut  perdre...
 



Le travail commença pour une phase de collecte, que j'aimerais meux qualifier de phase d'écoute. Sur la base d'un questionnaire type, plus fil conducteur que base de données statistiques, c'est François Phillibert  qui fut chargé de l'enquête de terrain. Il se révéla précieux par sa bonne connaissance des hommes et du terrain. François avait élaboré une fiche d'enquête que nous avons complétée ensemble, rajoutant des questions sur les pratiques culturales, les usages des poires, l'histoire de la poirière. Petit à petit, de poirière en poirière, à travers les réponses des jardiniers, se dessinait le portrait d'une pratique ancrée dans la vie de la vallée.




François Philibert parcourt la vallée, accumulant photos,  données, histoires de poirières, recettes de confitures.

Les fiches de François nous permettent de nous faire une idée de la valeur de ces arbres, tant sur le plan paysager, que sur le plan génétique, que sur le plan agronomique, que  dans la vie des familles et dans les villages : en vallée de l'Ance, la poirière c'est quelqu'un ! L'enquête se voulait aussi prise de contact avec les jardiniers. La gentillesse, la compétence et le sérieux de François fit là encore merveille pour tisser la première trame de ce qui deviendrait le "groupe des poirières", habitants de la vallée qui accompagnent et guident cette action d'un nouveau genre. C'est à leur écoute que se construisent les étapes successives.



En juillet 2007, 70 personnes suivent " la balade des poirières", promenade commentée autour des poirières et des jardins. La transmission directe est favorisée par des échanges avec les propriétaires
Ici, monsieur Breuil, dynamique octogénaire explique comment il taille et palisse sa poirière, une Louise-Bonne de 60 ans qui lui assure une production annuelle d'une régularité d'horloge




Photo Alexis Pernet
Monsieur CUSSONNET, un réel passionné des poirières, fait une démonstration sur sa poirière de 70 ans. Elle donne des poires à couteau d'une livre. Nous comptons sur l'expertise des associations locales de défense du patrimoine fruitier, pour déterminer sa variété.



Septembre 2007, un "Goûter des poirières " permet à une quarantaine de personnes, d'échanger informations et recettes. A cette occasion, Thomas Dumas identifia l'énorme poire de la vallée, d'ailleurs portée par la poirière des Cussonnet qui ont accueilli ce goûter chez eux. C'est  "Marguerite Marillat"


Photo Alexis Pernet

Novembre 2007 : Inauguration de l'expo "Les poirières de la vallée de l'Ance, un inventaire provisoire" au Central Bar d'Eglisolles. Un cahier d'échange des fleurs et herbes de la vallée de l'Ance accompagne cette exposition

Photo Alexis Pernet

Mars 2008
Des démonstrations de taille sont organisées à Sauvessanges

Photo Alexis Pernet



 Le 21 mars 2009, 255 jeunes poirières ont été distribuées.
On voit enfin arriver la relève
!
Suite à la commande groupée subventionnée par la communauté de communes et le parc naturel du Livradois-Forez, les amateurs ont obtenu leurs arbres à un prix avantageux : l'avenir des poirières semble d'un coup moins sombre. 
Chaque jardinier repartait avec sa plaquette :

- Cultiver sa poirière en Vallée de l'Ance, bien plus que planter un arbre -

contenant quelques conseils de plantation et les contacts utiles avec le "groupe poirières",  réseau informel d'habitants en  liaison avec les  collectivités et les associations régionales de sauvegarde du patrimoine fruitier. Jean-Paul Cussonnet en tête, ils rendent possible l'avenir de cette pratique.


 
Photo Alexis Pernet

Septembre 2009, l'atelier des paysage démarre pour la nouvelle saison 2009/2010
Mercredi 2 un mini conseil de guerre est organisé à  Rochette-Ribier, chez Jean-Paul et Paulette Cussonnet.

La "Marguerite Marillat" est toujours pimpante en cet automne 2009


Le Samedi 10 avril 2010, la nouvelle commande de poirières est livrée en vallée de l'Ance, à l'occasion nous organisons une petite balade, une démonstration de plantation, de palissage : voici quelques photos de cette belle journée

La promenade est l'occasion d'échanger sur le paysage, son histoire, ses habitants



La nouvelle génération prend en main l'avenir des poirières



Jean-Paul Cussonnet fixe solidement au mur la poirière du gîte de Saillant : l'auditoire est captivé.



 




23/04/2007
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