LE JARDIN DE MEMOIRE : Nathalie Batisse, jardinière ethnobotaniste

Urbanisme rural : une autre idée du fleurissement

Une autre idée du « fleurissement »
 
Pour un espace public
 d'intérêt public


 

Le concept de départ de mon travail dans les espaces publics, est la prise en compte de la flore cultivée, notamment des plantes résiduelles des anciennes cultures, comme élément du patrimoine culturel. Plus que d'assurer un fleurissement spectaculaire transposable à tous les villages de France, il s'agit d'intégrer les végétaux dans une vision globale de mise en valeur du patrimoine. Les aménagements publics visent à embellir, mais aussi à  préserver, souligner, et valoriser le patrimoine, et... les habitants, dans une réflexion de développement durable.

 

L'intégration du patrimoine végétal local à la réflexion globale de développement, est une idée qui fait son chemin. Leur utilisation dans l'espace public parait être une solution durable pour la conservation des végétaux.

Outre un côté conservatoire apporté à l'espace public, la réflexion porte sur la cohérence entre le végétal, en tant que témoin d'une époque, et l'architecture. Imaginez nos belles églises retrouvant les buis, les lys blancs, et la rose rouge de leur jeunesse, en lieu et place des trop banales jardinières. Ne comprendrions-nous pas l'architecture différemment en respirant les mêmes parfums que ses bâtisseurs ? Si personne ne souhaite vivre dans un musée, la recherche d'une harmonie, d'un lien, entre le bâti et le végétal ne peut qu'ajouter à l'identité, à la qualité d'un territoire. 

 

Le travail de base consiste donc en un « inventaire », ou plutôt une découverte des richesses végétales et de leur rapport à l'histoire locale.  Il ne peut s'appuyer que sur les gens de terrain : érudits, élus, agents territoriaux, mais d'abord et surtout sur les habitants. Ce sont les habitants, qui à travers les siècles ont construit le paysage, et qui le  construiront encore. Ce sont eux qui peuvent ouvrir les grilles de leurs clos et jardins, ce sont eux qui peuvent nous donner accès à leur mémoire, à leur bibliothèque...

Ces relevés botaniques, ou plutôt ethnobotaniques, puisqu'ils s'intéressent autant aux hommes qu'aux plantes,  peuvent se traduire par la remise d'un dossier "herbier", contenant des "fiches par plante" ( photo, histoire, usages, culture), et permettant le suivi technique  et une éventuelle signalétique ultérieure.

Une réutilisation dans les aménagements publics peut être proposée. La création et réalisation peuvent être assurés ou non par les agents techniques, ou un paysagiste.

Cette valorisation du patrimoine végétal peut être travaillée dans le temps et en grande partie réalisée par les services techniques.
De l'opération sur plusieurs années à la demi-journée de  conseil aux élus et équipes, chaque collectivité peut trouver sa façon d'expérimenter la démarche.


On a déjà beaucoup parlé de patrimoine, de biodiversité, de développement durable, de gestion de l'espace public : réutiliser son patrimoine végétal, le conserver, le valoriser immédiatement par une utilisation pratique est une façon de protéger une biodiversité qui constitue peut-être un des atouts d'un espace rural en mutation.




07/06/2006
0 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 10 autres membres