Histoire d'une marotte, naissance d'un métier

Cela a commencé il y a bien longtemps, lorsque enfant je traînais la campagne. Ma connaissance de la flore était toute rurale : on reconnaissait une plante avant tout dans sa fonction : herbe à lapins, plantes à tisane, à salades, etc.... Je m'aperçois que je dois beaucoup à ma grand-mère, toujours là, avec sa mémoire intacte. Ces exercices de botanique appliquée vous apportent plusieurs choses : d'abord un regard particulier sur la flore, à travers sa relation aux hommes, et ensuite une familiarité avec la flore locale qui fait que toute plante « saugrenue » attire votre attention. Cette vision du végétal à travers la relation à l'homme implique un autre respect : on a besoin du végétal ! Et aussi bizarre que cela puisse paraître dans notre société, le respect pour la gent chlorophyllienne prend parfois dans les campagnes de vieux airs animistes : le végétal devient un individu pour lequel on peut éventuellement avoir une certaine compassion. Je me souviens du tonitruant « tu veux que je te fasse pareil ? » d'un grand-père en colère parce que je blessais l'écorce d'un arbre. Ma grand-mère, quant à elle tient pour sauvagerie l'art japonais des bonzais : torturer des arbres pour son plaisir lui parait inhumain ! Je connais quelques unes de ces mamies qui conservent précieusement leur rosier ou leur pivoine parce qu' « on ne peut quand même pas les laisser crever, bonnes gens ! ». Cette vision rurale laisse évidemment des traces, et je me surprends parfois à dire à une plante « mais qu'est-ce que tu fais là, toi ? ».
Toujours
est-il que si mes goûts et ma curiosité me poussaient vers un métier
rural, l'époque ne s'y prêtait pas. Mon père qui avait d'abord
suivi une école agricole dut se
reconvertir, l'exploitation familiale ne pouvait plus, dans une
agriculture en mutation, nourrir une famille. Il se retrouvait en train
de faire plus ou moins deux métiers : ses soirées, week-end et
vacances étaient en grande partie consacrées à aider à l'exploitation,
nous étions des ploucs frustrés qui avaient hâte de rentrer à l'écurie.
Lorsque j'eus une quinzaine d'année, alors que mes grands-parents
prenaient une retraite bien méritée, mes parents firent construire leur
pavillon sur un terrain familial : enfin à la maison ! Mais
mon goût pour la campagne n'était toujours pas dans l'air du temps,
personne ne songeait sérieusement, à moins d'hériter d'une grosse
exploitation, se tourner vers les métiers agricoles, alors perçus comme
les derniers métiers, réservés à ceux qui ne pouvaient rien faire
d'autre. Ma curiosité et un certain goût pour les sciences m'orientèrent sur la chimie, comme cela aurait pu être autre chose...
Après
des débuts professionnels chaotiques, je n'avais pas du tout
l'intention de partir travailler dans les usines chimiques de la vallée
du Rhône, il y avait de moins en moins de débouchés dans la
région, et je m'aperçus que ce métier un peu choisi au hazard n'était
pas pour moi. Je décide de repartir à la campagne et loue une vieille
maison, à Bongheat, que nous venons juste de quitter pour notre
nouvelle maison en bois. Là je trouve de plus en plus de petits boulots
de jardinage, l'intérêt naissant pour les jardins se transforme peu à
peu en engouement. Et moi, je profite de mon inactivité forcée pour
avaler des bouquins et des kilomètres dans la campagne.
A près de
30 ans, je décide donc de me reconvertir, si on peut dire. La solution
pour pouvoir prétendre au financement d'un diplôme agricole était de
postuler pour un CES, qui fleurissaient à l'époque. Je travaillais pour
l'association Renaissance de Mauzun, comme agent forestier. Je n'ai pas
précisément le gabarit d'un bûcheron, et préparer un examen, fut-il
modeste, dans ces conditions demandait une motivation certaine :
difficile de se mettre à étudier les cycles de la photosynthèse après
une journée de travail. Mes efforts furent récompensés par la chance
inouïe, grâce à Madame le Maire de Mauzun, Colette Dissard, et à
l'association, de trouver un stage pratique intéressant à tous
égards : « la faisabilité d'un jardin médiéval sur le site du
château de Mauzun ».
Ce qui fut particulièrement inespéré
pour mon modeste bac agricole, fut la qualité de mon maître de stage en
la personne de Simon Pomel, pédologue, directeur de recherche CNRS, et
président de l'association CLIME. Son esprit d'analyse et de synthèse
hors du commun tissa rapidement la trame de ce travail. Outre
l'étude de sol classique, le recueil des données météo, et
le profil pédologique effectués pour ce bac "technologies
végétales" il fallait aussi recueillir le plus de données
historiques possible, faire des relevés botaniques, puis proposer un
plan faisant concorder : contraintes économiques, contraintes
agronomiques et contraintes historiques.
Le professeur Pomel et
moi sommes depuis restés en très bons termes et j'ai régulièrement
recours à son expertise, qu'en vrai passionné et en réel humaniste, il
distribue généreusement.
J'ai donc organisé une réunion avec l'architecte des bâtiments de France,
Depuis
ce temps, j'ai perfectionné mes connaissances et les techniques, au
point d'acquérir une certaine spécialisation. Je mets depuis peu
le résultat de ce long travail personnel, jamais achevé, au service du
public en créant
Un peu vite baptisée d'office "ethnobotaniste", je tiens à ce qu'on n'oublie pas le "jardinière" qui va devant, et qui le modère !


Commentaires
Beatrice courtine le 31/03/2007 à 23:19:57Beau parcours pour une passion..........
Clémentine Cornette le 23/12/2008 à 17:04:11
Bonjour,
Super cet article, j'aimerais vraiment venir vous rencontrer (j'effectue un DUEC d'ethnobotanique appliquée cette année et je travaille à partir de janvier sur l'historique des landes dans le Sud Haute Vienne....) à très bientôt j'espère et bonne continuation en attendant !
Nathalie Batisse le 31/12/2008 à 13:54:22
Avec grand plaisir, passez moi un coup de fil !
Cordialement